REACTIONS - publié le 12 septembre 2013

Cannabis : Rétablir la vérité face à tant de malhonnêteté intellectuelle

La récente déclaration de Bart De Wever d’appliquer la tolérance zéro à l’égard du cannabis à Anvers, en infligeant une amende de 75 euros à toute personne interpellée pour détention d’une faible quantité de ce stupéfiant, n’a pas manqué de soulever la polémique. Dans l’attente de voir si cette mesure annoncée est légale, donc applicable, certains médias en ont profité pour mettre en perspective les déclarations de Bart De Wever par rapport à la réglementation cannabis instaurant en Belgique un régime de tolérance à l’égard de la détention d’une faible quantité (trois grammes ou une plante femelle) de cette substance en vue de la consommation personnelle.

Ce fut le cas mardi matin sur la première radio, dans l’émission Connexion. Le débat a notamment été l’occasion d’entendre différents points de vue sur l’opportunité de légaliser le cannabis. C’est de bonne guerre, mais bien qu’il faille respecter les convictions de chacun, il est des transformations de la vérité que l’on ne peut plus accepter à ce stade des connaissances acquises dans le domaine des drogues. Certains discours ne passent plus. Pourtant nous y avons eu droit en guise de conclusion d’une émission qui, jusque-là, abordait la question des drogues de façon pragmatique plutôt que moralisatrice.

Manque d’esprit critique ou malhonnêteté intellectuelle ? Probablement un peu des deux dans les propos tenus en fin d’émission par Catherine Fonck, chef de groupe CDH à la Chambre, ancienne Ministre de la Santé en Communauté Française et médecin de formation. Des propos tellement peu fondés, auxquels les invités n’ont même pas eu l’occasion de répondre puisque le temps d’antenne était écoulé, que nous ne pouvions pas faire l’économie d’une réaction écrite.

Nous vous proposons en quelques lignes de rendre compte des déclarations de l’ancienne Ministre et de rétablir la vérité. Voici, en substance, ce qu’elle disait ce matin sur l’antenne de la Première Radio, sans ne jamais citer aucune source scientifique pour appuyer son opposition à toute légalisation du cannabis :

1. « Le cannabis est plus cancérigène que le tabac… »

Cette déclaration fait fi d’une part, de l’impact de l’interdit sur le frelatage des produits et d’autre part, de l’influence de la prohibition sur le mode de consommation. Car si la consommation la plus répandue aujourd’hui est la fumette présentant certes le plus haut risque de cancer du fait de la combustion du produit, madame Fonck oublie tous les autres modes de consommation possibles (inhalation sans fumée, pâtisseries, …

2. « Le cannabis d’aujourd’hui n’est plus le cannabis des années soixante car il présente une concentration plus forte qu’auparavant. »

Certes l’on trouve sur le marché noir des produits à forte teneur en THC, mais qui fait l’offre ? Le contrebandier qui eut égard au caractère illégal du produit à intérêt à proposer ce type de denrée afin de procurer au client le sentiment d’en avoir pour son argent. L’ex ministre de la santé oublie qu’il existe une variété très importante de cannabis. Si l’on régulait le marché il appartiendrait aux autorités de contrôler la teneur en THC. De plus le consommateur ne recherche pas forcément le produit à très forte concentration. Malheureusement,sur le marché illégal il n’existe aucune autre alternative. Sauf à se lancer dans une culture personnelle elle-même interdite.

3. « Le cannabis affecte la mémoire, qu’on ne me dise pas que fumer du cannabis favorise l’apprentissage »

A-t-on jamais entendu les partisans d’une légalisation du cannabis envisager de faire la promotion de cette plante sous cet angle auprès des étudiants. D’ailleurs le débat n’est pas là, il ne s’agit pas en effet de légaliser le cannabis pour en faire la promotion de quelque manière qu’il soit. Au contraire, légaliser permettrait selon nous de décomplexer le débat afin d’entreprendre une politique de prévention efficace.

4. « L’ivresse cannabique est responsable de bons nombres d’accidents de la route car l’ivresse est plus forte que lorsqu’on s’enivre à l’alcool »

A moins de n’avoir jamais rien lu sur les effets de l’ivresse cannabique, ou de n’avoir jamais connu aucune ivresse il n’est pas possible de prétendre cela. Certaines études ont en effet démontré que la conduite d’un véhicule sous l’influence de l’alcool est plus dangereuse que sous l’influencedu cannabis. Bien entendu cela toute proportion gardée.

5. « Légaliser c’est encourager la consommation »

Madame Fonck pense donc que tous ceux qui défendent l’idée d’une légalisation souhaitent que les citoyens consomment un maximum de drogues. Non, au contraire légaliser permettrait de mieux encadrer la consommation. Oui, légaliser permettrait de limiter l’accès aux drogues en encadrant leur vente. Aujourd’hui, les drogues sont facilement accessibles puisque leur commerce n’est pas contrôlé, on les trouve partout, même dans les écoles.

A entendre les propos de Madame Fonck on a l’impression de replonger dans les discours élaborés pour asseoir la prohibition comme unique modèle de gestion des drogues. Mais les choses ont changée, les gens ne sont plus dupes d’un discours moralisateur non fondé sur des vérités scientifiques. Malheureusement pour l’émission et pour ceux qui l’ont écouté il a pourtant fallu entamer notre journée par celui-ci. C’est d’autant plus regrettable que le temps d’antenne n’a pas permis aux personnes compétentes présentent en studio d’y réagir.

Cliquez ici pour écouter ou réécouter l’émission connexion dont il est question dans l’article :

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