REFLEXIONS - publié le 18 mars 2008

Drogue : Le modèle suédois

La Suède, pays nordique d’environ 450 000 km2, a une population d’à peu près neuf millions d’habitants, dont environ les deux tiers vivent en région rurale, tandis que les autres y ont généralement aussi leurs racines. La population est relativement homogène, puisque près de 90 p. 100 de ses membres sont luthériens. Il semble que les Suédois soient plutôt conformistes et qu’un comportement étrange ou déviant ne soit pas facilement accepté.

Les mouvements populaires ne sont pas nouveaux en Suède ; ils ont même contribué à façonner le pays. Ces mouvements sont admissibles à des subventions de l’État. Ils sont bien établis à l’échelle nationale et ont de nombreuses sections locales. Certains des grands mouvements populaires dans le domaine de la drogue (par exemple, l’association Parents contre la drogue, Hassela Solidarity et une association pour une société sans drogue, qui ont tous pour objectif une société sans drogue et une politique antidrogue sévère) ont joué un rôle important dans l’élaboration de la politique actuelle de la Suède en matière de drogue, et continuent d’ailleurs à le faire.

En Suède, la politique en matière de drogue est considérée comme faisant partie de la politique d’aide sociale. Le phénomène de la drogue est considéré comme l’un des plus graves problèmes sociaux (sinon le plus grave) et les drogues sont perçues comme une menace extérieure au pays . On considère souvent la toxicomanie comme la cause d’autres problèmes sociaux. Nombreux sont ceux qui perçoivent le problème de la drogue comme mettant en péril les valeurs traditionnelles de la Suède. Ce n’est pas seulement la drogue mais aussi le débat sur la libéralisation qui sont considérés comme venant d’autres pays et qui influent sur les valeurs sociales. Ces préoccupations se sont intensifiées depuis que la Suède est devenue membre de l’Union européenne (UE), en 1995, puisque la plupart des autres membres de l’UE ont adopté une attitude plus libérale relativement aux questions de drogue. Si l’on compare avec d’autres pays de l’Europe occidentale, la politique de la Suède en matière de drogue est restrictive. L’usage de la drogue est considéré comme un comportement anormal auquel il faut mettre fin.

La vision de la Suède pour ce qui est de la politique drogue n’a pas changé depuis les années 1980 : elle est celle d’une société sans drogue. Cette vision est d’ailleurs conforme à la politique restrictive de la Suède en matière de drogue. Elle se fonde sur un équilibre entre la réduction de la demande et de l’offre de drogues. Plus précisément, elle vise à : • réduire le nombre de nouvelles recrues dans le monde de la toxicomanie (principalement par des mesures de prévention ciblant les jeunes) ; • encourager les toxicomanes à renoncer à leur comportement (par des soins et un traitement) ; • réduire l’offre de drogues (par la prise de mesures au criminel) .

La raison qui motive cet objectif, à certains égards, irréaliste, vient en partie de l’expérience positive de la Suède avec le modèle de l’État providence et de sa conviction profonde de pouvoir changer la société ». .

Quelques exemples de cette attitude restrictive : • l’objectif global est celui d’une société sans drogue ; • les programmes de réduction des méfaits sont limités ; • le traitement vise l’abstinence complète et il est possible d’obliger les toxicomanes à suivre un traitement ; • la consommation de stupéfiants est une infraction à la loi et la politique prévoit des analyses sanguines et d’urine pour dépister ceux que l’on soupçonne de faire usage de drogues ; • les lois qui s’appliquent aux drogues sont appliquées sévèrement ; • les discussions au sujet de la valeur médicale du cannabis sont presque inexistantes ; • les lois suédoises respectent de façon stricte et même dépassent les exigences établies dans les trois conventions des Nations Unies sur les drogues.

STRATÉGIE NATIONALE EN MATIÈRE DE DROGUE

La Suède participe aux trois conventions internationales antidrogue et elle a adopté une stratégie globale de lutte contre les drogues. Sa vision est celle d’une société sans drogue et sa politique est basée sur trois grands piliers : la prévention, le traitement et les mesures de lutte.

Prévention

Depuis 1968, le gouvernement mène une campagne antidrogue massive dans les écoles et les médias, de sorte qu’une génération a grandi parmi les messages fondés sur la théorie de l’escalade selon laquelle le cannabis est la porte d’entrée menant aux autres drogues. Les programmes d’information sur les drogues commencent tôt et figurent à tous les niveaux du programme scolaire. « Sans exagération, ce programme “d’influence d’opinion” pourrait être décrit comme un processus d’endoctrinement. Compte tenu de l’ampleur de ces programmes, il est devenu incontestable et irréfutable que leur contenu fasse partie du système de valeurs de chacun » .

Réduction des risques

En ce qui concerne les initiatives de réduction des méfaits, on trouve peu de services de bas seuil en Suède et la plupart d’entre eux sont assurés par des organisations volontaires. Elles offrent une série de services, mais toutefois pas d’ordonnances. Des programmes d’échange de seringues sont appliqués dans les cliniques pour maladies infectieuses des hôpitaux de Lund et de Malmo et sont donc assez limités. Les initiatives de réduction des méfaits, comme les programmes d’échange de seringues, sont difficiles à promouvoir dans une société qui vise l’élimination complète des stupéfiants et où la consommation de drogue n’est pas acceptée. Une proposition de la fin des années 1980, qui consiste à mettre en place des programmes d’échange de seringues dans toute la Suède, a été refusée par le Parlement qui a jugé qu’une « plus grande disponibilité de seringues n’empêcherait pas la propagation du VIH, mais allait tout au contraire augmenter l’utilisation des drogues injectables » .

Traitement

Le traitement figure parmi les trois piliers de la politique suédoise en matière de drogue. Un des objectifs de cette politique est de réadapter les toxicomanes, plutôt que de les punir au moyen du système de justice pénal. Depuis 1982, on a pu obliger les gens à suivre un traitement pour toxicomanie (s’applique aussi à l’alcool et à d’autres substances) pour une période allant jusqu’à six mois. La principale justification de ce genre de traitement est de protéger le toxicomane ou d’autres personnes de situations qui présentent un danger de mort et de motiver le toxicomane à poursuivre le traitement volontairement.

L’objectif du traitement en Suède est généralement d’arriver à l’abstinence complète. Au cours des dernières années, on a constaté une réorientation du traitement obligatoire et du traitement en établissement vers un traitement ambulatoire. Par le passé, l’accent était mis sur les programmes internes à long terme. Le traitement était souvent fourni dans des communautés thérapeutiques établies dans des régions rurales de la Suède. Bon nombre des établissements qui fournissaient les traitements étaient non gouvernementaux, mais étaient rémunérés, pour les services rendus, par le gouvernement. Cette situation a donné naissance à un groupe de pression très influent qui demande évidemment l’affectation de ressources supplémentaires aux initiatives de traitement, puisque celles-ci sont nécessaires à leur survie.

Les initiatives de traitement étaient largement financées dans le passé (particulièrement au cours des années 1980, lorsque le VIH et le sida ont commencé à se manifester). Des mesures proactives ont alors été prises pour trouver les toxicomanes et leur procurer un traitement approprié. Une personne pouvait alors être traitée pendant une période de deux ans (souvent en communauté thérapeutique). Il semble cependant que le traitement soit aujourd’hui moins facilement accessible qu’il l’était il y a 10 ou 15 ans. De plus, la durée de traitement des toxicomanes a diminué. Ces changements sont attribuables aux coupures effectuées durant les années 1990 dans les dépenses municipales au chapitre des services sociaux. « Tandis qu’en 1989, on avait dénombré 19 000 personnes dans les centres de désintoxication (pour alcooliques et toxicomanes), en 1994, le nombre n’était plus que de 13 000. Pendant la même période, le nombre de personnes en traitement forcé était passé de 1 500 à 900. À cause des restrictions budgétaires, 90 centres de traitement ont fermé leurs portes entre 1991 et 1993 » .

Les programmes de traitement de substitution à la méthadone existent en Suède depuis la fin des années 1960. Actuellement, environ 600 personnes sont inscrites à des programmes de traitement de substitution à la méthadone à Stockholm, Uppsala, Malmo et Lund. Les programmes sont strictement réglementés et sont officiellement

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