REFLEXIONS - publié le 16 juin 2004

La Suisse dit non à la dépénalisation du cannabis

BV

Le parlement helvétique a refusé ce lundi 14 juin 2004 de dépénaliser la consommation de cannabis, le Conseil national (chambre basse du parlement) ayant rejeté, par 102 voix contre 92, un projet du gouvernement concernant une révision dans ce sens de la loi sur les stupéfiants. Il a par contre décidé de lever l’interdit, vieux de 96 ans, sur la production de l’absinthe.

Depuis 2001, le gouvernement suisse milite en faveur de la décriminalisation de la consommation de cannabis. Outre la dépénalisation du cannabis, le projet du gouvernement comportait notamment la prescription médicale d’héroïne et le développement de la prévention et de la protection des jeunes. En 2003, le Conseil national avait déjà refusé de discuter le projet de révision, alors qu’en 2001 et en 2004, le Conseil des Etats (chambre haute du parlement) l’avait accepté.

Plus tôt dans la journée, le Conseil national a accepté de lever l’interdiction de l’absinthe qui datait de 1908. Il s’est rallié par 142 voix contre 13 à ce projet déjà adopté par le Conseil des Etats (chambre haute). Le projet avait le soutien du gouvernement. Dans un rapport publié en mars, Berne avait reconnu que l’interdiction de 1908 ne se justifiait plus aujourd’hui. La teneur maximale de la thuyone - la substance considérée comme dangereuse - est désormais clairement réglementée, ce qui fait que l’absinthe ne présente pas plus de dangers que d’autres spiritueux. La légalisation permettra de mieux contrôler le procédé de fabrication ainsi que les quantités produites et l’absinthe sera frappée d’une taxe conformément à la législation sur l’alcool, a fait valoir Berne, soulignant que la production clandestine d’absinthe lui confère actuellement l’attrait d’un produit interdit.

La levée de l’interdiction devrait dynamiser l’économie du Val de Travers, l’un des berceaux historiques de l’absinthe dans le canton de Neuchâtel (ouest) et offrira la possibilité aux agriculteurs de diversifier leurs activités, selon le gouvernement. Selon des estimations non confirmées, environ 15.000 litres d’absinthe sont distillés clandestinement dans le Val de Travers chaque année. De l’autre côté de la frontière, dans le département français du Doubs, autre région historique de production, l’absinthe a fait un retour en force ces dernières années à la faveur de la levée de l’interdiction prononcée en France.

Les nostalgiques de l’absinthe seront satisfaits de cette décision correspondant en apparence au souci pragmatique de réduire les risques sur la santé liés à la consommation d’une substance prohibée et toutefois disponible sur le marché clandestin. Conscient des effets pervers de la prohibition le Conseil national va jusqu’à considérer d’une part, l’attrait que l’interdit confère au produit et d’autre part, les avantages économiques d’une légalisation.

Malheureusement, l’esprit du Conseil nationale semble s’être brouillé quand il s’est agit de poursuivre la même réflexion sur la dépénalisation du cannabis. Car le non est incompréhensible eu égard aux arguments avancés, par le même Conseil National, en faveur de la levée de l’interdit sur l’absinthe. A moins que la prohibition ne soit qu’une idéologie et rien d’autre. Un dogme fondé sur des croyances que l’on nous impose sans jamais faire la preuve scientifique de leurs fondements. Bruno Valkeneers Sources:AFP

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