REFLEXIONS - publié le 6 mars 2004

La sous France du plaisir

Vu par l’oeil d’un écologiste, la politique française en matière de stupéfiants est dramatique et contre productive. Depuis 32 ans, une loi réputée la plus rigide au monde, impose un régime orwellien dans ce qui pu s’appeler « la patrie des droits de l’Homme ». La lutte contre la drogue est un crime organisé.

Un rapport hallucinant et un gouvernement qui ne fait pas rire !

À l’invitation de la sénatrice écologiste Marie-Christine Blandin, des représentants des organisations actives sur le terrain de la réduction des risques, et de celles defendant une sortie de la prohibition sont venues exprimer leurs critiques, à l’égard du rapport de la commission d’enquête sénatoriale rendu public le 4 juin. En présence d’Anne Coppel (Militante de la réduction des risques), de Jean Pierre Galland (fondateur du CIRC) et de quelques personnalités politiques qui étaient venues pour soutenir leurs efforts, Noël Mamère (député-maire de Bègle) et Marco Cappato (député européen), une autre voix s’est fait entendre.

Toutes les personnes présentes ont dénoncé l’idéologie réactionnaire et rétrograde mise en exergue par le rapport « Drogue : l’autre cancer ». Elles ont déploré le caractère volontairement confusionniste de ce nouveau rapport, ainsi que les procès d’intention faits au rapport rédigé en 1999 par le professeur Roques. Bien plus grave, elles notent que la commission d’enquête sénatoriale attaque sans ménagement le travail effectué par la Mildt (Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie) sous la houlette de Nicole Maestracci, qui courageusement avait ramené plus de sagesse dans les missions de cet organe interministériel.

En choisissant d’étudier uniquement la problématique des drogues illicites et d’auditionner principalement des experts connus pour leurs idées conservatrices en la matière, le rapporteur Monsieur Plasait et la présidente Madame Ollin indiquent clairement la couleur du futur projet de loi qui sera présenté par le Ministre de la Santé, Monsieur Mattéi, en vue de la modification de la loi du 31 décembre 1970. Nul doute que c’est au Ministères de l’Intérieur et celui de la justice que les détails de ce projet seront discutés.

En l’absence de réactions de la part des partis politiques et des associations en lutte pour une politique des drogues juste et efficace, les produits stupéfiants (drogues illicites), et plus particulièrement le cannabis, seront à nouveau durement stigmatisés. Les usagers de drogues, simples consommateurs, déjà considérés comme des malades, voire des délinquants pour les usagers partageurs, risquent de subir une loi encore plus inapplicable que celle qu’il s’agit de modifier. Plus globalement, c’est toute la politique de réduction des risques, acquise au prix d’une lutte acharnée, qui est remise en cause.

Le CNIR des Verts (Conseil national interrégional, parlement du parti) a voté samedi 14 juin, à l’unanimité, une motion rappelant son attachement à une légalisation de la consommation et une réglementation de la production et de la vente de cannabis. La motion relève que « le Sénat vient de produire un rapport aussi épais qu’il comporte de contre-vérités et d’excès idéologiques ». Elle demande une réforme visant à « mettre fin à une criminalisation stupide des usagers », réforme qui doit « permettre aux pouvoirs publics d’agir enfin de façon cohérente pour encadrer la consommation du cannabis, ses effets en termes de santé et de sécurité routière et maîtriser une économie mafieuse engendrée par la prohibition ». Enfin les Verts réaffirment que leur politique « n’a jamais été de promouvoir l’usage de drogue, cannabis ou autre ». Une manière comme une autre de prendre les devants face au projet démagogique de la Droite, incarnée par Nicolas Sarkozy.

Programme chargé

Depuis l’appel d’origine en 1976 « L’appel du 18 joint » était bien retombé. Relancé par le CIRC en 1993, c’est presque devenu un non evenement, puisque pour environ 500000 individus, c’est une réalité quotidienne. Pourtant plus que jamais, la présence de tous les acteurs de l’antiprohibition est vivement souhaitée à l’occasion de ce dizième anniversaire à partir de 18 heures, à Paris, Lyon, Rennes, Marseille où le Circ et ses partenaires associatifs appellent à des rassemblements festifs et militants.

Le 20 juin, à l’initiative de la députée écologiste Alima Boumedienne, une table ronde préparatoire aura lieu à Paris, dans l’optique de l’organisation d’une réunion au Parlement européen le 17 septembre prochain. Elle souhaite offrir un espace de débat et d’échange entre experts, institutions et acteurs

Réagir à cet article

  • La Liaison ?
  • Contribuer
  • Nous soutenir
  • Nous contacter
-->
-->