REACTIONS - publié le 20 avril 2003

Une chance pour le monde

Vienne 2003 : Sommet des Nations Unies

Dans l’édition précédente des Feuillets de Liaison Antiprohibitionniste nous vous avons informé sur l’objet de la campagne internationale en faveur d’une meilleure politique des drogues lancée par ICN (Coalition Internationale d’ONG) depuis la Place de la Monnaie à Bruxelles. Pour rappel, il s’agissait de sensibiliser l’opinion publique, la presse et les politiques aux arguments, développés par ICN, en faveur d’une révision des conventions internationales sur lesquelles s’appuient la politique de lutte anti-drogues menée dans les pays membres de l’ONU.

Depuis, les initiatives militantes internationales, coordonnées par ICN, se sont succédées à travers toute l’Europe. Ainsi, par exemple, on a pu assister au lâché de ballons remplis de graines de cannabis et de pavot en Hollande, en Belgique, en Espagne, en Tchéquie, en Italie... Le moment fort de la campagne a été sans aucun doute le contre-sommet organisé par le réseau à Vienne entre le 10 et le 13 avril 2003. En quelques lignes nous vous proposons de plonger dans le récit des événements autrichiens.

L’action débute le jeudi 10 avril : Ce jour là, les militants du réseau se sont donnés rendez-vous dans l’amphithéâtre réservé aux sciences et technologies de l’Université de Vienne. Ils sont venus des quatre coins de l’Europe pour dénoncer la prohibition et le système qu’elle engendre. S’ils sont là à partir de ce jeudi ce n’est pas un hasard, mais précisément par ce qu’au même moment, sur l’autre rive du Danube, à lieu la 21e session extraordinaire de l’Assemblée générale consacrée à la lutte contre le problème mondiale de la drogue.

L’amphithéâtre est comble, à la tribune les représentants d’ICN se succèdent pour faire valoir les arguments en faveur d’une révision des conventions internationales. La presse locale est présente mais ne se fait pas entendre. Il faut admettre que le message est clair : changer la politique des Nations-Unies plutôt que de continuer à poursuivre le phantasme selon lequel un monde sans drogues est toujours possible.

Souvenons-nous de la ferveur du discours de clôture fait par Pino Arlachi à l’occasion de la précédente Session extraordinaire de l’Assemblée Générale des Nations-Unies, à New York, en 1998. Dans lequel il recommandait aux délégations de mobiliser les efforts et les ressources nécessaires de chacun pour œuvrer à la réalisation d’un monde sans drogues d’ici l’année 2008. Il n’avait pas hésité à déclarer : « Un monde sans drogues est toujours possible ».

À mi-parcours l’heure est à l’évaluation officielle des résultats de cette stratégie. Les militants du réseau, eux, ont déjà dressé le leur : « Un monde sans drogues est une utopie ». Ils sont donc radicalement opposés à la thèse de Pino Arlacchi et aux moyens mis en œuvre pour réaliser un projet illusoire. À l’ONU on refuse de prendre en considération leurs arguments. D’ailleurs, aucune d’entres-elles n’est représentée dans les réunions officielles. C’est pourquoi elles se sont mobilisées pour organiser le contre-sommet de Vienne et faire entendre la voix de la raison aux autorités.

La journée du 11 avril est consacrée aux débats, ceux-ci ont lieu à l’Université de Vienne et se prolongent au cours de la matinée du 12 avril 2003, à 14h00 débute la manifestation. C’est précisément à ce moment là que nous reprenons le fil de notre récit. Le cortège vient juste de quitter l’enceinte universitaire. Le ciel est couvert au dessus de la capitale, les rues sont dégagées et les 1500 manifestants défilent en route vers le village des Nations-Unies.

À l’avant du cortège un bus londonien diffuse en alternance musique et discours, des comédiens circulent en interpellant la foule. Le spectacle est impressionnant et haut en couleur, devant nous passe au pas de course un homme feuille de cannabis suivis de près par deux militaires d’opérette pulvérisant de l’herbicide dans sa direction. Les forces de l’ordre venues encadrer la manifestation regardent d’un air intrigué le coffe-shop mobile sur lequel deux artistes hollandais ont érigé leurs sculptures étranges.

La démonstration est totale et se déroule dans une ambiance de fête, la police continue d’observer la scène calmement, sans bouger, pas même à la vue de la pipe à eau que d’une façon délicate les fumeurs chargent de marijuana. Un viennois nous confiera plus tard que c’est du jamais vu à Vienne. Après 10 kilomètres de marche à travers la ville, nous arrivons enfin sur le pont qui nous sépare des bâtiments des Nations-Unies. À mi-chemin le cortège s’arrête et observe une minute de silence à l’attention des victimes innocentes de la guerre à la drogue. Ensuite, on procède au lâché de ballon symbolisant la volonté, partagée par les militants, de libérer les drogues des prisons que sont les conventions internationales.

Arrivé aux deux tours c’est le moment de semer les graines d’opium et de pavot dans les jardins du site. Une tribune s’organise à laquelle iront s’exprimer tour à tour des représentants d’associations avant de laisser place à la danse sur l’esplanade de l’Austrian Centre.

Dès le lendemain, les représentants d’ICN se réunissent pour faire le bilan du travail accompli au cours de la première année d’existence du réseau. Ce dernier est positif, la campagne ambitieuse Vienne 2003 : une chance pour le monde a été une réussite de bout en bout. Les médias de plusieurs pays européens ont relayé les arguments de la coalition d’ong en faveur d’une politique des drogues plus juste et plus efficace vers la société civile. Cet objectif atteint réjouit la plate-forme internationale et déjà elle élabore une stratégie pour la suite de l’action militante.

Dès ce dimanche les acteurs de la campagne rejoindront leur pays d’origine à l’exception d’une délégation. Cette dernière a encore du travail puisqu’elle participera du 15 au 17 avril au Vienna Civic Centre. Il s’agit d’un événement initié par la NEF (Network of European Foudations) dans le but d’opposer un discours pragmatique aux déclarations des délégations officielles participant à la 21e Session extraordinaire de l’assemblée générale sur les drogues et narcotiques.

Des personnalités du monde politique, scientifiques et des représentants de la société civile européenne sont attendues. Conçues à l’attention des médias les interventions sont destinées à jeter les bases d’une réflexion alternative à la prohibition. C’est précisément dans ce contexte qu’ICN a été invité pour délivrer

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