COMMUNIQUES - publié le 16 octobre 2014

Zéro tolérance à la prohibition

L’accord du gouvernement est bien celui d’une droite certes décomplexée mais point libérale au sens du respect des libertés individuelles. De fait, on l’apprenait vendredi, l’accord du gouvernement prévoit le retour à la tolérance zéro face à la détention de cannabis dans l’espace public. Autrement dit, le retour de la chasse aux consommateurs et l’intensification de la répression à l’encontre de ce qui ne constitue en rien une menace pour la sécurité du pays.

Que l’on veuille lutter contre la détention ostentatoire de cannabis dans l’espace public n’est pas critiquable en soit, mais si tel est le but poursuivi, pourquoi ne pas plutôt réguler le commerce du cannabis et autoriser la création d’espaces spécialement dédiés à sa consommation ? Ainsi encadrées, la détention et la consommation déborderaient moins sur l’espace public. Les usagers de drogues ne sont pas les irresponsables auxquels on les associe trop souvent, s’ils consomment et détiennent des produits dans l’espace public c’est précisément parce que ce genre d’endroit n’existe pas légalement dans notre pays. Une partie du commerce des drogues a lieu dans la rue, au vu de tous, parce que ce marché est illégal, dérégulé, non encadré, non contrôlé. Donc, dangereux.

Il faut en finir avec la prohibition des drogues pour mieux gérer les problèmes pouvant résulter de leur consommation, d’autant que le contexte de rigueur budgétaire imposé par la nouvelle coalition risque malheureusement d’aggraver ceux-ci. Le risque de dépendance étant augmenté par le manque de bien-être d’une personne à un moment donné. Plus les perspectives d’un avenir économique et social juste s’éloigneront, plus la tentation de connaître les paradis artificiels grandira chez certains citoyens.

Le cannabis rencontre un succès, comme l’alcool, parce que ces substances ont des vertus. Comme pour l’alcool des personnes développent une addiction au produit, mais cela ne vaut que pour une minorité d’entre elle. Il est temps de donner au cannabis le même statut, de le rendre légal pour mieux prévenir une société sous influence et respecter le droit à la santé pour tous et la liberté de disposer de son corps et de son esprit.

La prohibition ne permet ni de réduire la circulation et la consommation des drogues, ni de prévenir ou d’empêcher les usages problématiques, ni de garantir la santé et la sécurité publiques, ni d’assainir les finances publiques et de rendre l’économie plus transparente. La Commission globale sur les drogues, dont sont membres des personnalités telles que Javier Solana ou Kofi Annan, l’a reconnu officiellement et recommande d’autres politiques. Certains États comme l’Uruguay en tirent les conséquences logiques. Le nouveau gouvernement belge se montre complètement rétrograde en la matière.

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